Pourquoi la Russie a (encore) besoin de Vladimir Poutine

Publié le par Alexandre Dubié

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Élections et contestations en décembre, élections et contestations en Mars. Vu de l'occident, la Russie semble traverser sa plus importante crise politique depuis la chute de l'URSS. Et pourtant, le régime ne semble en rien ébranlé et Poutine reprend (officiellement) les rennes du Kremlin pour au moins six ans face à une forte opposition condamnée à s'essouffler faute de parvenir à trouver un vrai leader.

Durant les élections, de nombreuses fraudes ont été constatées, si le score de Vladimir Poutine est discutable, l'issue du scrutin aurait-elle été différente sans cela? Je ne pense pas.

 

Bien que vivement critiqué, Vladimir Poutine reste pourtant relativement bien apprécié en Russie. La contestation (car il faut bien parler de contestation et non d'opposition qui n'existe pas réellement) demande avant tout de la démocratie bien plus que le départ de l'ancien nouveau président et, en allant creuser bien profondément, qui pourrait être à l'origine de tout ça? Vladimir Poutine lui-même.

Je ne dis pas ici que c'est Vladimir Poutine qui est à l'origine des mouvements de contestation, bien au contraire. Cependant, l'ancien espion du KGB a fortement contribué à redresser son pays et à améliorer les conditions de vie des Russes. Lorsqu'il arrive à la tête du Kremlin en Mars 2000 en successeur de Boris Eltsine, la Russie sort d'années 1990 post-communisme très difficiles avec des taux de chômage records et une importante mortalité, la majeure partie des richesses n'est détenue que par une minorités d'oligarques tandis le reste de la population vit dans la pauvreté. A son arrivée, Vladimir Poutine prend tout un ensemble de mesures sociales et économiques permettant à la Russie de faire son retour au premier plan de la scène internationale (intègre l'OMC en 2010) et, surtout, l'émergence et le développement progressif d'une classe moyenne, bien que les inégalités soient encore très présentes. Et c'est cela qui fait que les contestations ont lieu, comme titrait Le Figaro hier-matin, "Poutine a permis l'émergence d'une classe moyenne... qui lui demande des comptes"

Il n'y a rien de surprenant à voir des contestations dans une économie qui se développe. Prenons l'exemple de la Chine: il n'y a jamais eu autant de contestations depuis la libéralisation du régime initiée par Deng Xiaoping.

 

Ce qui m'impressionne, et m'inquiète à la fois, c'est cette tendance de la presse occidentale à faire passer Poutine pour un dictateur. Il dirige certes la Russie d'une main de fer, les espaces de libertés politiques sont très restreints, on ne peut malgré tout pas l'accuser de massacrer son peuple comme en Syrie. On ne peut même pas l'accuser d'envoyer ses opposants (lors de l'élection présidentielle) en prison comme chez le voisin biélorusse où le nombre d'années à passer en prison pour les opposants était proportionnel au score réalisé lors de l'élection de décembre 2010 face à Alexandre Loukachenko.

Les méthodes employées durant les élections sont très discutables et sujettes à caution, il n'y a aucun doute sur ça. On ne peut pas nier qu'un soupçon de démocratie existe en Russie. Dans un pays qui a connu des siècles de Tsarisme puis soixante-dix ans de communisme et qui connait un certain retard économique, la démocratie reste fébrile à se développer. Prenons l'exemple du Brésil: Lula, qui était un dirigeant dont l'aura était reconnue dans le monde entier, n'était-il pas à la tête d'un des États les plus corrompus au monde et dont les scrutins étaient eux aussi discutables?

 

Vladimir Poutine souhaite restaurer une Russie unie (Eddnaya Rocciya, nom du parti) et forte et ce n'est pas un gros mot de le dire. Le retour officiel de Poutine aux affaires est probablement une très bonne chose pour le pays. Thatcher tenait elle aussi la Grande-Bretagne d'une main de fer face à un parti travailliste faible et avait réussi à faire de son pays un pays majeur de l'échiquier international, on peut faire la même comparaison avec Poutine face à une opposition faible. La faiblesse de l'opposition vient du fait qu'elle est divisée majoritairement entre libéraux et communistes. En cas de second tour en Russie, nous aurions très probablement vu les libéraux s'allier à Poutine. Quant aux communistes, on peut dire que Poutine avait assez bien résumé la situation: "celui qui ne regrette pas l'URSS n'a pas de coeur, celui qui souhaite son retour n'a pas de tête." Si le mouvement de contestation ne se transforme pas en mouvement d'opposition bien structuré, alors il s'essouflera progressivement. Poutine, de retour au plus haut sommer de l'État, ne se laissera pas déloger sans pour autant commettre l'erreur de Bachar el-Assad.

Ce qui risque de changer en revanche, c'est la fin de la "tandémocratie" Poutine-Medvedev. C'est ce terme qui est utilisé depuis 2008 avec l'auto-proclamation de Poutine comme Premier Ministre de Dmitri Medvedev, Poutine était et Medvedev le cerveau et les jambes. Et pourtant, ce tandem a fait en quatre ans bien plus pour l'économie et la société russes que ce qui a été fait durant l'ère Eltsine. C'est pour cela que Medvedev reste Premier Ministre et que la Russie a encore besoin de Poutine afin de se développer davantage (notons que la croissance n'a fléchi que d'à peine 1% malgré la crise) mais Poutine a repris les jambes et Medvedev risque fort d'être moins mis sur le devant de la scène que ce que sa fonction de Président de la Fédération de Russie ne lui obligeait.

 

On terminera sur une note optimiste qui fera plaisir aux démocrates. Si Poutine est au pouvoir pour six ans, il semble assuré que Dmitri Medvedev soit son successeur désigné. L'ourson Medvedev (surnom donné par l'opposition, de Medved= l'ours, en russe) est quelqu'un de bien plus libéral. D'ici 2018, la Russie devrait s'être bien développée, que le problème des mafias en partie éradiqué (car c'est un mal plus grand que la corruption) et les inégalités en partie diminué, la démocratie devrait alors pouvoir s'installer, si tant est que les vélléités des communistes se soient apaisées (rappelons que le Parti communiste était le deuxième parti lors des élections de la Douma en décembre).

 

Et si la Russie, ce pays dont on dit qu'il restera longtemps un pays d'avenir, n'était pas enfin en passe devenir ce grand pays qu'il aurait dû être depuis longtemps?

Publié dans Europe

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